3 fleurs cueillies chez Christie’s

Lors d’une vente Christie’s l’œil ne sait plus où donner de la tête ! Des diamants de la tiare à la montre, des saphirs en broche ou en bague, des émeraudes en rond ou en carré, de l’art déco et des camées, du Boivin, du Belperron, du de Brosses et encore Chaumet, Cartier, Boucheron, VCA, à ne plus savoir où s’émerveiller.

Alors j’ai retenu 3 fleurs, juste parce que je n’arrivais pas à choisir, juste pour un peu de fraicheur, juste parce qu’elles sont sublimes.

La première est une reine des neiges, sobre, altière avec ses pétales ronds comme un monticule de poudreuse, la translucidité givrée de la nacre, et les diamants qui perlent son pistil comme des gouttes de rosée glacée. Une broche de Van Cleef and Arpels signée et numérotée et qui porte le titre de « Rose de Noël ».

La seconde est une tubéreuse aux émanations presque sulfureuses. En demi deuil mais pas en demi teintes elle étend langoureusement des pétales de phosphosidérites gravés autour d’un cœur carminé de rubis cabochon et contrant cette jumelle méphitique une rose charnue déploie sa crinoline de rubis taillés assortie d’un coquin « suivez-moi-jeune-homme » en verdure feuillue de tsavorites au vert impérial.

Ce « Jardin secret » est une bague de Lydia Courteille, l’artiste joaillière que Christie’s nous a donné le plaisir d’écouter lors d’une conférence inaugurale entourée de Marie-Caroline de Brosses, Juliet Weir de la Rochefoucauld, auteur de l’ouvrage « Les plus beaux bijoux des femmes joaillières » et Violaine d’Astorg, Directrice du département Bijoux pour la France.

Autre invitée, Aida Bergsen dont la broche spectaculaire « convolvulus sepium » est mon dernier choix.

Sous ce nom savant de latiniste se cache le sauvage Liseron, plante symbolique depuis l’Egypte antique où elle incarne Hathor et le principe vital féminin qui s’enroule (en latin convolvere signifie s’enrouler) autour de l’homme rigide-papyrus et l’accueille dans son calice de pétale blanc. Sous nos contrées cette plante grimpante est souvent considérée comme une mauvaise herbe et pourtant l’effet Kevran nous enseigne que ces plantes caractérisent le manque d’un élément dans le sol et le compense. Dans les faits, le liseron pousse sur les sols pauvres en bore, la plante génère cet élément et le restitue à la terre qu’elle enrichit en retour avant de disparaitre.

La composition joaillière d’Aida Bergsen exprime parfaitement cette luxuriance d’une nature simple et sauvage dans la grâce de son mouvement, la volubilité des feuilles et des calices, les teintes délicates et nuancés de l’émail des fleurs qui rougissent au contact des pistils de corail et les fait luire d’une humidité de diamants. Parfaitement digne de la couronne de liserons que portait Bacchus ! A l’extrémité de la broche un bienveillant lézard de grenats verts porte vers nous depuis l’épaule où il se positionne un regard de rubis sur le qui-vive.

Terrassée par tant de beauté, je me suis noyée dans une flute de champagne et finalement cachée sous un modeste bouquet de timides violettes… chez Christie’s.

www.christies.com

Laisser un commentaire

Fermer le menu