Yves Gastou : quand la bague dévoile l’homme…

Aucun bijou n’est plus chargé de symbolisme que les bagues.

Aucun bijou n’est aussi stable dans la forme depuis quatre mille ans : un anneau, un chaton !

Et pourtant que de styles différents !

Que de variations dans l’intention ou la destination !

La bague est d’abord un bijou de pouvoir : on signe de son sceau porté sur la bague devenue symbole de puissance économique, on s’incline et on baise avec respect la bague du religieux reconnaissant ainsi un pouvoir spirituel sur le temporel.

C’est également un symbole communautaire : les bagues de rockers ou de bikers sont typiquement portés pour souligner une appartenance à un groupe déterminé. Les mêmes motivations s’appliquent aux membres d’une école, d’une confrérie ou d’un sport…

Ensuite, la bague est une marque de sentiment et de secret : d’amour, de fidélité, de deuil,… elle contient les cheveux de l’aimé, elle porte le message souhaité sans besoin de discours, elle est une marque d’éternité des affections.

Enfin, c’est un marqueur d’affirmation masculine qui souligne une rupture avec l’environnement. Au cours du temps les hommes ont porté ou non des bijoux suivant l’évolution d’acceptation de la parure comme objet social. Inacceptable au Moyen-âge, à profusion du XVIe au XVIIe, bannie à la révolution française, sobre au XIXe, et aujourd’hui plutôt réservée à certains milieux (musique, art,..).

Bizarrement, la bague souligne avec la même force l’appartenance que la différence. Elle met à jour l’originalité d’un individu, sa personnalité. Aussi et surtout elle souligne l’ambivalence entre le féminin et le masculin : à partir du XIXe, moment où la parure n’est plus l’apanage des hommes, la bague devient apanage féminin.

A part l’alliance, et éventuellement la chevalière, toute bague est suspecte de féminiser son propriétaire. Aussi faut-il être sûr de sa virilité pour l’arborer sans complexe !

Yves Gastou, le galériste est déjà atypique pour avoir avant tout le monde fait resurgir l’art déco, puis les années quarante, puis le design contemporain.

Son extraordinaire collection de bagues d’hommes rassemble plus de 2000 pièces.

Sous l’égide de Delphine Antoine, commissaire de l’exposition, plus de 500 bagues, réparties en 7 thèmes sont mises en scène à l’Ecole des Arts Joailliers dans une scénographie de l’architecte d’intérieur Jérôme Thénot.

La bague d’homme est aujourd’hui un particularisme, la collectionner une singularité.

Comme toute collection chaque bague est un petit morceau de lui-même, que nous disent-elles de l’homme Yves Gastou ?

Néoclassique : ce sont des bagues du XVIIIe-XIXe siècles souvent des camées et intailles en agate, onyx ou cornaline, avec des portraits à l’antique ou personnages mythologiques. Elles étaient l’apanage des jeunes aristocrates qui découvraient le monde. Elles évoquent le raffiné, l’esthète qu’est Yves Gastou.

Chevalerie : arborées par les chevaliers pour porter leurs armoiries, ce sont aujourd’hui des bagues qui inspirent la puissance, la vitalité. Elles remémorent une histoire, avec un grand « H » ou seulement celle de son propriétaire. Elles inscrivent Yves Gastou dans son aventure de vie, de son enfance au pays cathare aux défrichages des courants artistiques dont il a le secret.

Gothique : cette contre culture navigue entre le post romantisme et une esthétique moyenâgeuse dans une version sombre. Elle est au sommet du symbolisme et de l’occulte intimement mêlé. Les bagues gothiques témoignent du goût d’Yves Gastou pour le mysticisme et son esthétisme.

Religieux : c’est l’autre pendant du mysticisme, celui de la croyance en Dieu qui se manifeste par la clarté. A contrario du gothique, le religieux se traduit par la rutilance du métal or, par le soleil des pierres serties : topaze, citrine, améthyste,.., gravées, filigranées, perlées, diamantées ! Elles montrent un Yves Gastou passionné, gai, vibrant !

Vanité : à la conjonction du gothique et du religieux, les vanités ajoutent également l’idée protestante du XIXe du Carpe Diem. Comme un enfant qui chante « même pas mal », Yves Gastou semble trouver jouissif de défier la mort en l’apprivoisant à son doigt.

Ethnique : témoins de ses voyages, les bagues rassemblées sous cette thématique prouvent combien partout dans le monde la bague d’homme est un symbole. Elle montre un Yves Gastou archéologue, sociologue et ethnologue.

Curiosité : à l’instar des cabinets de curiosité du XIXe, Yves Gastou a rassemblé des bagues de tous horizons, formes, valeurs et nous offre aujourd’hui de les découvrir. Ce sont elles qui témoignent le plus, dans leur hétéroclisme, de l’esprit du collectionneur qu’est Yves Gastou.

La question d’Yves Gastou : que pouvait bien contenir cette bague ? Pour répondre aller à l’exposition ou dans sa galerie.

Exposition « Bagues d’hommes » jusqu’au 30 novembre à l’Ecole des Arts Joailliers

Galerie Yves Gastou

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