Jean Boggio : « on ne peut pas réinventer l’imperfection »

Exubérante et pourtant organisée, imposante et pourtant subtile dans ses moindres détails, osée dans ses formes à la limite de la provocation et pourtant tempérée par la délicatesse de mille détails, la joaillerie de Jean Boggio ne laisse pas indifférent.

Elle est tout et son contraire et ne peut se qualifier de paradoxale car elle est enchantement, l’imagination enchantée d’un enfant avec la maitrise totale de l’expérience… bref une vision d’artiste.

Et cette qualité d’artiste, Jean Boggio la revendique et l’assume avec élégance et un brin de malice. : « je ne sais pas si l’inspiration vient en moi comme l’enfant veut devenir adulte ou si c’est l’adulte qui est resté un sale gosse » dit-il.

Puisqu’il faut une date commençons l’aventure en 1988, il présente lors de l’exposition « De main de Maître » au Grand Palais à Paris puis au Japon ses premières bagues « Palais ».

La toute première s’appelle « Provençale ».

Aujourd’hui, voici « Jaiphur ».

Cette bague–palais à secret cache une rose des vents sous une calcédoine magnifique, qu’il affectionne, non pas pour sa sublime couleur, mais pour la légère imperfection de sa forme.calcedoine3 _jeanboggio _iletaitunefoisl1/4

En effet, cet artiste qui cherche toujours à réaliser un travail parfait est fondamentalement attiré par l’imperfection. Non celle qui est synonyme de défaut mais celle qui révèle la nature de l’œuvre. Aussi crée-t-il à la perfection, des formes volontairement asymétriques, en changeant là une courbe, ici un serti. Ce qui donne à toutes ses pièces une impression de mouvement.

Ici, par exemple la « jungle » où les plantes s’enroulent les unes aux autres est foisonnante de vie. On les entend presque bruisser.

Et quand il réalise une composition graphique, il la décline sous diverses formes et pour différentes utilisations. La jungle où la faune danse autant que la flore envahit ce set sel-poivre, ou encore cette boite dite au marmouset pour lequel il a spécialement dessiné la mise en scène de l’objet. Ainsi plus rien n’est utilitaire tout est art, beauté, luxuriance et gaité.

Ce trait, au sens propre comme figuré, est bien plus antérieur à 1988. Voici le premier dessin de Jean Boggio. Il avait 13 ans ! Sa grand-mère disposait d’une vue de Venise, dont il a fait un véritable rêve de Venise d’une finesse extraordinaire et d’une force vitale certaine.

Aujourd’hui, il en a fait un papier-peint car en artiste complet, il sait s’adapter à tous les supports (porcelaine, papier-peint, orfèvrerie, joaillerie, et même décoration de Noël…) comme il a travaillé avec toutes les marques du Ritz à Hermès, de Haviland à Chopard en passant par Daum, ou encore TTF la marque de haute joaillerie chinoise qui s’est récemment installée rue de la paix à Paris… ses collaborations ne se comptent plus. C’est d’ailleurs pour fêter ses 30 ans d’artiste joaillier-orfèvre qu’il a créé un « écrin d’or et d’argent » pour y recevoir avec autant de simplicité, élégance et fantaisie ses clients collectionneur comme tous les visiteurs des jardins du palais royal qui auront envie de pousser sa porte.

Il joue lui-même de ses créations. Comme pour ce collier Vanitas que je porte classiquement.

Et qu’il imagine porter en choker-sautoir.

Il me présente d’ailleurs la bague à secret, la boucle de ceinture ou encore la Vanitas en violet-indigo serti de diamants. Mais il y avait aussi les boucles d’oreille, bouton de manchette, bracelet,…. Et même le tapis.

De la même façon l’arbre de vie dessiné s’anime dans une sculpture ou un motif décoratif.

Mais ce qui est le plus fascinant ce sont ses recherches techniques. Pour ses pièces les plus récentes il a sculpté sa cire comme d’habitude à la main, puis a enchâssé directement la pierre dans la cire AVANT le passage en fonte. Il a choisi de sertir ainsi des magnétites parce que leur forme naturelle ressemble à l’octaèdre du diamant brut. Résultat : les magnétites n’ont pas éclaté et ont conservé leur propriété magnétique. Elles ont gagné un fini satiné un peu comme le soyeux d’un katana antique.

Il parait qu’il teste cette technique sur d’autres pierres gemmes mais chut ! C’est encore un secret… Comme quoi si on ne peut réinventer l’imperfection (et Jean Boggio le peut), on peut  inventer tout le reste.

Pour le rencontrer : Jardin du Palais Royal, du 6 novembre au 31 décembre 2018, Au duc de Chartres . 26 Galerie de Chartres. Paris.

Pour le contacter : jeanboggiofrance.com

Laisser un commentaire

Fermer le menu