Marie Vallanet : créer des « amateurs éclairés » des Arts Joailliers

Dans l’univers feutré et quelque fois confiné du luxe et de la joaillerie, Marie Vallanet, Présidente de l’École des Arts Joailliers, tranche. A la fois directe et empathique, elle se révèle un subtil mélange d’entrepreneuriat tellement nécessaire à la conquête des marchés internationaux du secteur du luxe, d’exigence de la perfection typique du savoir-faire joaillier français, et de la passion de la transmission caractéristique d’un artisanat où l’apprentissage de la main, intergénérationnel, est l’affaire de toute une vie.

Ce mélange iconoclaste prend tout son sens dans la mission qu’elle s’est inventée et réalise avec brio : la création et aujourd’hui la pérennisation de l’École des Arts Joailliers.

Depuis ses débuts chez Cartier, elle estime qu’elle a un métier merveilleux : créer du beau, avec de superbes matériaux, pour orner les plus magnifiques moments de la vie de ceux qui les achètent puis être amoureusement transmis de génération en génération. Durant sa carrière du marketing au retail, de la France à l’international, de Cartier à Van Cleef & Arpels via le rachat de Richemont, elle renforce cette conviction en y ajoutant la nécessité de cultiver le patrimoine joaillier, de conserver cet héritage afin de le développer, sans rien altérer. Un jour, lors d’une réunion avec Nicolas Bos, Président et CEO de Van Cleef & Arpels, il émet l’idée de créer une école, elle s’écrie : « il faudrait la créer ! ». Elle tombe pourtant des nues quand il lui confirme à peine quinze jours plus tard que l’idée étant acceptée, c’est à elle de monter le projet.

Elle relève donc le défi et crée en 2012 L’École Van Cleef & Arpels, mécénat de la Maison de joaillerie, projet créatif et patrimonial inédit. En effet, s’il existe des écoles -rares mais réputées- pour enseigner la joaillerie à ceux qui veulent en faire leur métier, il n’existe aucune structure pour les amateurs qui souhaitent compléter leurs connaissances. La page est donc totalement blanche et la concurrence inexistante. Marie Vallanet retrouve alors ses réflexes pédagogiques d’enseignante (son premier métier) pour monter la structure de transmission et définir la formule des enseignements.

Elle arrive à garder tout le mystère du luxe parce qu’elle le démythifie : en dévoilant les secrets des tours de main, elle en assure le respect pour les artisans et l’admiration pour les bijoux réalisés (j’ai essayé de découper un papillon… j’admire d’autant plus aujourd’hui le savoir-faire joaillier capable de créer une monture aux arabesques fines comme une dentelle), en décortiquant l’histoire de l’art, elle démocratise tous les storytelling pour que chacun se construise le sien dans un nouveau rapport à l’objet bijou.

Elle imagine un parcours pour les adultes qui permet une progression de connaissance sans devoir suivre un ordre de formation puisque l’objectif n’est pas d’obtenir un diplôme certifiant. Créer une cohérence pédagogique en permettant une acquisition à la carte est un défi de plus.

J’ai eu le plaisir de suivre des cessions et d’apprécier le processus d’acquisition extrêmement bien orchestré.

D’abord un mix-vidéo pour introduire le sujet, puis un déroulé progressif appuyé par des supports modernes, des jeux intellectuels et factuels pour ancrer l’acquis de façon ludique, assortis de l’invitation des formateurs à exprimer librement ses impressions pour créer un sentiment de partage dans le groupe.

Dans le cycle « savoir-faire » tout est préparé et pensé pour que chacun, quelles que soient ses aptitudes, réussisse l’exercice choisi tout en mesurant la distance entre sa réalisation personnelle et celle des maîtres de la joaillerie. Depuis, des conférences complètent l’éventail des sujets possibles en multipliant les formats et possibilités d’échanges avec les passionnés de joaillerie.

L’initiation du grand public au monde de la joaillerie ne pouvait être parfaite sans toucher les plus jeunes. Aussi, un parcours d’Ateliers Créatifs à destination des enfants à partir de 5 ans complète-t-il l’offre.

Aujourd’hui, le corps professoral rassemble 30 experts : joailliers, dessinateurs, maquettistes, historiens d’art, gemmologues, horlogers, laqueurs ou émailleurs… Tous ensembles, ils donnent aux élèves de l’École des Arts Joailliers le sentiment d’appartenir à une communauté de privilégiés qui arpentent avec délice à chaque formation les « backstage » de l’univers joaillier.

Cette cohérence tient aux qualités que Marie Vallanet a transmis à ses équipes : l’élégance dans les relations humaines, l’intransigeance sur la qualité de l’environnement et des services proposés, et la recherche de la perfection jusqu’aux moindres détails (des stylos et cahiers pour accueillir les notes des participants, au décor de chaque salle suivant sa destination : gemmologie, atelier, ou conférence ; jusqu’au diplôme, photographie et tote-bag remis à l’issue des sessions,…).

« Aller plus loin » est certainement un des ses credo. D’ailleurs c’est l’intitulé d’une fiche remise après chaque séance et qui propose des podcasts supplémentaires. La constitution d’une bibliothèque spécialement créée va également dans ce sens. Ainsi que la parution d’ouvrages qu’elle a voulu accessibles sur le contenu comme par le coût modeste au regard des pratiques du secteur. L’ensemble constitue maintenant un réel Centre de documentation.

Aller plus loin ? Elle a dupliqué entièrement son École devenue Nomade qui, depuis 2013, va directement à la rencontre de ses élèves de Tokyo, Hong Kong, New York et Dubaï. Déjà plus de 16 000 personnes sont devenues des amateurs éclairés par la fée de la connaissance, le logo de l’École.

Aller plus loin : Marie Vallanet sait jouer des inter-relations. Un comité d’honneur veillait avec elle sur l’École et pour ses 5 ans, elle s’est dotée d’un conseil scientifique car la connaissance est toujours à approfondir. Elle a également créé une politique de partenariats et de mécénat avec l’univers artistique, scientifique et joailliers.

Dernière innovation, elle a annexé l’étage devenu vacant juste en-dessous de l’École et l’a transformé en espace d’exposition : le deuxième événement, du 13 au 31 octobre, permettra la rencontre avec des œuvres de l’artiste américain polymorphe Daniel Brush, après avoir permis celle de Harumi Klossowska de Rola en janvier.

Dans le même temps, l’appellation de l’École a évolué vers « L’École des Arts joailliers » et présage d’autres projets ouvrant les champs infinis de la connaissance des arts joailliers. Jusqu’où Marie Vallanet ira-t-elle ? Plus loin.

L’École des Arts Joailliers.

31, rue Danielle Casanova 75001 Paris.

www.lecolevancleefarpels.com

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