Sophie Mizrahi-Rubel : l’art joaillier dans la peau

« Quand j’étais petite mon grand-père rapportait chaque semaine à la campagne les plis à diamants trop usagés. Ma mission était de les déplier soigneusement pour vérifier qu’il ne restait pas une pierre oubliée dans une pliure avant de les jeter dans le feu.

Je revois et revis encore aujourd’hui l’intensité que je mettais dans cette chasse au trésor et ma joie quand par miracle je retrouvais une pierre, belle endormie, et ressuscitais ainsi un diamant à la lumière ». Bien des années plus tard, Sophie Mizrahi-Rubel, dans cette même maison de campagne découvre une malle pleine de dessins, gouachés, modèles et brevets.

Elle a encore trouvé un trésor : l’histoire de sa famille et de leur marque de joaillerie. Comme autrefois, elle va méticuleusement, délicatement, exhumer chaque témoignage, chaque pierre de cette histoire.

Bien sûr elle savait être née dans cet univers joailliers, ses grands oncles Jean et Robert étaient les fondateurs de la marque, son grand-père Marcel était diamantaire, elle-même s’est mise à dessiner des bijoux pour ses amies alors qu’elle poursuit des études de langues étrangères appliquées. Comme la demande croît, elle passe ses diplômes de gemmologie à l’ING (Institut National de Gemmologie) puis devient designer pour les plus grandes marques de la place Vendôme. Aujourd’hui, penchée au dessus de cette malle, elle mesure à quel point elle a suivi, inconsciemment, les pas de sa famille. Venus de Hongrie, les Rubels installent leurs ateliers de joaillerie en 1915 au 22 de la rue Vivienne.

Eux aussi dessinent et fabriquent pour la place Vendôme. Par exemple, la danseuse devenue le design symbole de Van Cleef a été dessinée par Jean Rubel durant un spectacle de flamenco dans un nightclub du Lower East Side quand les frères Rubel, installés à New York en 1938 décident de créer leur marque éponyme. Alors à son tour, Sophie décide de redonner vie à la marque.

Elle passera 2 ans à s’imprégner de chaque dessin et modèle créés par sa famille pour les remettre au goût du jour, leur ajouter sa propre conception de la femme moderne qui va les porter, leur instiller le juste équilibre entre le savoir-faire d’hier et l’art joaillier d’aujourd’hui. L’exigence pour les pierres magnifiques aux couleurs intenses : elle garde. L’attachement à Paris et à New York : elle conserve. L’excellence de la fabrication et le souci du détail : elle confirme.

Elle ajoute sa passion pour les femmes exceptionnelles, sa détermination calme et douce pour créer des collections d’une vingtaine de pièces vendues intentionnellement sur rendez-vous ou lors d’événements privés, sa liberté d’entreprendre et sa volonté de rester une marque indépendante.

D’ailleurs le premier bijou de sa collection est la bague Liberty (émeraude, saphir, diamant, onyx, or blanc) directement inspirée du logo John Rubel et qui rend hommage à Simone Veil, la femme politique soucieuse du respects des diversités, rescapée des camps de concentration, protectrice des femmes en faisant voter la loi permettant l’IVG.

Sa première collection est ainsi un mix savamment dosé. Elle s’appelle « Vies de bohême »  et exprime à la fois la recherche d’un idéal artistique qui magnifie la liberté, comme elle, mais aussi les origines magyares familiales.

La pièce phare est la Blue Carmen qui s’inspire de la « Rockette brooch » créée par John Rubel en 1945, réinterprète le tournoiement de la jupe de la danseuse et exprime en même temps la balade de Paul Fort chantée par la Carmen de Bizet : « L’amour est un oiseau rebelle » où elle déclare avec passion : « L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais jamais connu de loi, si tu ne m’aimes pas je t’aime, si je t’aime prends garde à toi. ». En or blanc et diamants, la bague magnifie un superbe saphir de Ceylan de 12,74 carats.

La bague La Divine fait référence à Sarah Bernhardt (1844-1923) dont c’était le surnom. Première « star » internationale, elle est aussi la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les cinq continents. Connue pour son goût des bijoux, sa devise était « Quand même » en référence à son audace et à son mépris des conventions qui incarne à merveille l’esprit de la Bohême. La bague est un cœur de rubis du mozambique de 4,09 carats rouge passion entouré d’un jaillissement de perle de rubis et de diamant.

Mistinguett (1875-1956) est chanteuse, actrice et danseuse. Son couple avec Maurice Chevalier est d’ailleurs surnommé « les danseurs obsédants ». Très amoureuse, elle deviendra même espionne pendant la 1e guerre mondiale pour le faire libérer. Considérant qu’elle avait les plus belles jambes de Paris, elle aimait les souligner avec des franges. Le collier Mistinguett, rideau de franges de perles colorées d’émeraudes et de rubis accessoirisé de diamants, en est l’illustration. Gloire nationale, image parfaite de la parisienne (comme Sophie) elle chante Ça c’est Paris et l’amour jusqu’aux Etats-Unis. Mistinguett est une parure complète avec une bague, et des boucles d’oreille composées d’un earcuff et d’un bouton.

En dehors des bijoux, John Rubel a aussi créé des accessoires précieux : étuis de rouge à lèvres, minaudières ou encore fioles de parfum. Ce modèle dédié à la célèbre aviatrice Amélia Earhart (1897-1937) s’inspire d’un modèle créé en 1946. Première femme à traverser l’océan Atlantique en avion en juin 1928 puis, en 1932 à le traverser en solitaire, elle aimait regarder les étoiles. La bouteille montée en sautoir Amélia comporte donc une pluie d’étoiles en diamants blancs et bruns sur or jaune, avec un fermoir en perle Akoya comme une lune pleine. En version or blanc, la voûte céleste est créée par des saphirs et le fermoir par une turquoise.

Louise Brooks (1906-1985) est une actrice américaine du cinéma muet. Elle incarne par sa coiffure si personnelle qui encore aujourd’hui porte son nom la Garçonne, femme libre, rebelle et artiste qui annonce les caractéristiques de la Bohême. La bague Louise qui lui est dédiée comporte un rubis carré du Mozambique de 3.02 carats en son centre et les volutes soulignent la danseuse que Louise fut.

« Jolie Môme » s’inspire d’Edith Piaf (1915-1963) une autre passionaria, française cette fois. La Môme Piaf devenue célèbre aidera de nombreux jeunes artistes dont Charles Aznavour qui chantera « la Bohême ». Leurs répertoires font pour la plupart référence à l’amour. Pour Elle, Sophie dessine une bague et des boucles d’oreilles en saphir d’un rose soutenu de 4,40 carats, pour « voir La vie en Rose », en or blanc avec des diamants noirs et blancs dont le graphisme aérien évoque les emportements de « La Foule » ou « Mon manège à moi ». Les boucles d’oreilles sont asymétriques et comportent d’une façon très contemporaine un earcuff et un bouton, d’esprit art-déco, leurs formes suggèrent également les pavés de Paris qu’Edith a rendu si célèbre.

Les bagues Ginger Light (or jaune ou blanc avec perle Akoya et diamants) sont une édition spéciale de la baque Ginger que l’on trouve également en saphir et turquoises ou en émeraude et saphirs. Elles réinterprète avec modernité le bracelet Rétro Rouleau de 1938 dont le mécanisme d’ajustage au poignet est propre à la marque Rubel. Cette déclinaison de bagues rend hommage à Ginger Rogers (1911-1995) la célèbre et glamour actrice et danseuse américaine qui a formé, jusqu’à la fin des années 1940, le mythique duo avec Fred Astaire. L’amour et la danse sont les deux ingrédients que l’on trouve dans toute la collection Vies de Bohême.

La bague Zsa Zsa en or blanc, diamants et tourmaline est dédiée à Zsa Zsa Gabor, l’actrice américaine (1917-2016), elle aussi d’origine hongroise et connue pour son style flamboyant et son goût pour les bijoux. Véritable légende hollywoodienne, elle incarne comme Carmen la passion amoureuse (9 mariages, 7 divorces).

Les bagues Yoko rayonnent en or blanc ou jaune comme des soleils dévoilant ainsi la signification de ce prénom : les enfants du soleil. Bien entendu ils sont un hymne à Yoko Ono (née en 1933). L’artiste expérimentale d’origine japonaise, ne pouvait que plaire à Sophie. Ses parents montraient de grands talents artistiques (en peinture et musique) et partagée entre le Japon et les Etats-Unis, elle a montré sa grande liberté créatrice en étant un pilier de l’avant-garde new-yorkaise dans les années 1960 et en participant à Fluxus, l’un des courants artistiques les plus importants du XXe siècle. Par ailleurs, l’amour fou qui l’a lié à John Lennon jusqu’à son assassinat ne pouvait qu’inspirer l’héritière de la marque John Rubel.

Je l’avais rencontrée lors d’une conférence qu’elle avait donnée chez Tajan et lui avait expliqué mon projet de e-magazine. Sophie Mizrahi-Rubel a très rapidement répondu à mon appel, a accepté de me faire confiance et a répondu avec grâce à ma demande d’interview. Elle s’éloigne maintenant d’un pas aérien de danseuse, d’une élégance nature et moderne à la Inès de la Fressange, la joaillerie dans le sang, avec son logo, qui incarne autant l’art joaillier de sa famille que le sien, au creux du poignet, tatoué dans la peau.

John Rubel

Tel : +33 (0)1 70 37 57 77

contact@johnrubel.com

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